CAPSULES HISTORIQUES

Le ministre de l’agriculture Laurent Barré de l’Ange-Gardien

Né à l’Ange- Gardien, le 30 mai 1886, de Louis Barré et Darsélia Préfontaine. Laurent Barré ne fréquente que l’école primaire : la petite école du rang Séraphine. Dans son tout jeune âge, il apprendra l’anglais aux États-Unis, y ayant passé quelques années avec ses parents. C’est un lecteur acharné; ce qui lui assurera une érudition enviable. On raconte qu’on voyait passer Laurent Barré, conduisant ses charges de billots avec un livre à la main. Il passait ses grandes veillées à lire ou en compagnie des plus anciens de la place. A 25 ans, il épousera Marie-Anne Fleury, fille d’Alfred Fleury du rang Séraphine de l’Ange-Gardien, elle était une compagne de classe et voisine des parents de Barré. Elle lui donna trois filles et trois garçons.

La vie n’est pas toujours facile au foyer Barré. On est pauvre : l’agriculture n’est pas toujours rentable et Laurent emploiera la majeure partie de son temps à parcourir la province pur connaître la situation des agriculteurs et organiser leur rassemblement. En juillet 1921, on le retrouve en Alberta où il règle la succession d’un parent décédé là-bas. C’est là qu’il étudie le mouvement des Fermiers Unis.

Laurent Barré est élu président de l’U.C.C. en 1924 et, un an après au congrès de 1925, grâce à son zèle et à sa propagande, l’association comptait déjà 11,597 membres répartis en 229 cercles locaux. En 1926, il est forcé de démissionner comme président de l’U.C.C. par des forces combinées, religieuses et politiques, qui le percevaient comme un dangereux contestataire.

Les amis de Barré, y compris Mgr Decelles de Saint-Hyacinthe et Camilien Houde, maire de Montréal et député conservateur, font pression pour qu’il se lance en politique. Il posera sa candidature en 1927 dans le comté de Rouville. Il est défait, mais ce fut quand même l’occasion pour lui de défendre ses théories et ses projets, et de confondre le ministre de l’agriculture, Joseph-Édouard Caron dans une assemblée mémorable à Marieville.

Laurent Barré ne chôme pas. Il n’est ni dans l’exécutif de l’U.C.C., ni député : qu’à cela ne tienne, il écrira deux romans du terroir : Bertha et Rosette (1929) et Conscience de croyants (1930). Aux élections provinciales de 1931, Camilien Houde, chef de l’opposition conservatrice, mène une campagne colorée. Il est appuyé par Laurent Barré et toute une équipe de l’U.C.C. qui réclame le crédit agricole provincial. Barré fait la lutte dans Rouville au Dr Bernard de Saint-Césaire. Les aînés se souviennent de la fameuse assemblée contradictoire sur le perron de l’église de l’Ange-Gardien, après la messe. Le soir de la votation, la radio annonce 79 libéraux élus et 11 conservateurs. Barré est du nombre.

Maurice Duplessis devient chef de l’Union Nationale le 4 octobre 1933. Barré se présente à nouveau, indépendant cette fois, et il est élu en 1935 et en 1936. En 1939, Panet lui fera la lutte. Le soir de l’élection, ils arrivent nez à nez. A la suggestion de Laurent Barré, le président d’élection votera en faveur de M. Panet. En 1944, il se présente sous la bannière de l’U.N. et il est élu. Nommé immédiatement ministre de l’agriculture par Maurice Duplessis, il le demeurera jusqu’en 1960. En 1949, il est reçu Docteur ès Sciences (honoris causa) de l’Université de Montréal. Il quitte la politique en 1960 et il décèdera en 1964, à l’âge de 78 ans.

Voici maintenant le point de vue de Jean-Charles Magnan qui dans Souvenirs Fleurs et chardon… nous raconte quelques faits sur le ministre Barré.

« Cultivateur à l’Ange-Gardien, comté de Rouville, ensuite député de ce district électoral, il fut nommé ministre de l’agriculture, en 1944 par le Premier ministre du Québec, Maurice Duplessis. Un cultivateur- ministre, c’était du nouveau au pays, voire même une surprenante tactique nouvelle du chef de l’État destinée à amadouer le vote rural. Comment ce cultivateur va-t-il se tirer d’affaires, muni d’un simple cours d’études primaires, disait-on? Et l’on ajoutait : que connaît-il en administration et en législation? Toujours assidu à sa tâche, évitant les cérémonies mondaines, patient, circonspect, jamais pressé, il réussit à se maintenir au poste, durant plusieurs années. Simple praticien agricole, il se montra au début de ses fonctions assez désemparé, en face de la science et des techniques nouvelles destinées à être appliquées, au profit du monde rural. »

Gilles Bachand

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