CAPSULES HISTORIQUES

Les passants des Quatre Lieux (2ième partie)

Plus loin dans le temps, dans les années 30, m’a-t-on raconté, il y eut un passant spécial, unique. Un orfèvre ambulant. Un brave homme que la chance avait oublié, qui réparait montres et horloges. En vrai pro. Ce passant, à ressort et bien aiguillé, espaçait ses visites qui valaient de l’or.

Un passant. Lui de la race du Galiléen. Qui venait d’on ne sait où. Qui vendait surtout de la lingerie féminine. Qui avait un nom baroque, mais pas de prénom semble-t-il. J’entends encore, il me semble : madame, voici un joli robe à trois piasses, mais parcé qué moé zé té lé aimé toé, moé zé té lé laissé à 50 cennes, pas cher, hein! C’est ainsi que nos bonnes mamans quadrilocales évitaient de faire atteler la Grise sur le buggy ou la sleigh pour aller taponner des coupons fleuris chez le marchand général du village. Adieu pour un temps les catalogues Eaton et Dupuis Frères!

Il y avait encore un passant, mi-voyant, parent de la fesse gauche du Frère André qui « peddlait » des menus articles, d’école entre autres. Il était étrangement un merveilleux photographe qui a réalisé quantité de cartes postales locales encore très prisées des collectionneurs.

Il y avait le passager de Dieu! En soutane noire à boutons innombrables partant de la pomme d’Adam jusqu’à l’empeigne des souliers. Serait-ce inconvenant de le classer dans le lot des passants? Lui, il vendait l’itinéraire (quelque peu étroit) pour se rendre au Ciel. Il arrivait, imposait le silence (ça imposait fort dans ce temps-là), bénissait, s’informait de l’âge du petit dernier, jasait, catéchisait, encourageait et… tendait la main. Parfois il arrivait que la dîme due fut acceptée en produits de la ferme; quarts de patate, cordes de bois de chauffage et, croyez-le ou non, dans les années 20 et 30…un cheval. Ce rite domestique religieusement paramétré, se perpétuait une fois l’an, à l’automne de préférence. Je m’en souviens comme si c’était demain!

Il serait loisible d’emballer un chapitre entier sur la cigogne qui passait par la fenêtre de la chambre à coucher maritale avec dans le long bec un nouveau-né langé de blanc… Sur le Père Noël rouge suie et sa hotte sur le dos qui passait par vous savez où… Sur cet héritier d’Esculape et disciple d’Hippocrate avec sa coutellerie aseptisée dans une sorte de cartouchière à poignée, qui passait héroïquement par le seuil officiel de la porte pour cicatriser corps et âme. Ce dernier entrait pour sortir… une nouvelle vie… ou pour, malheureusement, en mener une autre à quai.

Hélas, ce trio très hétéroclite s’est dissipé en pâles volutes dans les souvenances vaporeuses de la Légende… tous les trois, ou presque. La cigogne a regagné ses roseaux; le Père Noël ses virtuels réseaux et le médecin ses ciseaux. Le client patient est devenu le passant.

Clément Brodeur

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Le vendeur de lingerie

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Curé inconnu



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