CAPSULES HISTORIQUES

Les passants des Quatre Lieux (1ière partie)

Les temps ne changent pas, pensent certains. Il y a bien des lunes dans nos Quatre Lieux et leurs multiples banlieues, des passants sillonnaient nos routes et s’arrêtaient de maison en maison. Avant Par Monts et Rivière il y eut Par Bonds et Lisières, parce que ces passants faisaient des bonds d’un village à l’autre et découpaient leur territoire en lisières.

À tout seigneur tout honneur, le premier en liste est le boulanger. Avec son véhicule truffé de tablettes qui présentaient ses produits : pain blanc, pain brun, sur la sole, petit pain, gros pain, baguette, beigne, naurolle (ou neurolle, orthographe aléatoire)… De fait, qui ne se souvient pas de cette arôme divine d’une miche sortant toute bronzée du four? En passant, d’où vient le mot boulanger? D’un vieux mot picard boulenc qui signifiait celui qui fabrique du pain en boule. À ce jour c’est quand on manque de pain qu’on se met en boule, c’est écrit quelque part : donnez-nous notre pain de chaque jour!

Passant numéro deux. Tout aussi digne : le boucher, lui aussi avec son véhicule aux parois griffées de crochets ou pendaient des morceaux de viande : bœuf, veau, mouton, poule pas de tête, tête fromagée, creton, baloney ou mortadelle, saucisse… mais jamais de la semelle de botte (vieux souvenir de collège des années 40), ou, plus rarement et pour fins gourmets (que nous n’étions pas) des amourettes de bœuf (autre souvenir glaireux de collège). Mais, par contre, que dire du boudin dont la seule vue faisait dire à la Charlotte qui priait Notre-Dame ça sent bon le boudin grillé, ça me fait gazouiller les boyaux! En passant, d’où vient le mot boucher? D’un autre vieux mot français signifiant qui vend de la viande de bouc. Je ne veux pas faire le jeu du bouc émissaire : on n’a plus les exégètes qu’on avait faut croire!

Autre passant, avec un nom et un prénom connus, dont il a été question dans un numéro précédent de Par Monts et Rivière, le biscuitier. Ce biscuit, pour les Quatre Lieux privilégiés, venait géographiquement de Saint-Césaire mais étymologiquement de bis et cuit, donc cuit deux fois. Dans tous les cantons y a des filles et des garçons qui croquaient des produits de « Monsieur Biscuit », devant l’Éternel M. Laurier Beaudry.

Du club des passants toujours, le ramasseur de ferraille, dont les déchets de fer ou d’acier en morceaux inutilisables faisaient le délice. Souvenir visuel : je revois ses gants de coton couleur rouille et les mains assorties de cette même teinte érugineuse et érosive.

Autre passant : le réparateur de claques. En mémoire, cette senteur de colle forte et ses épaisses rondelles de caoutchouc orangées qui se faisaient plaquer dans les semelles. Les trous, orifices ou fentes étaient calfeutrés, voire blindés pour une autre guerre. Bottes rouges et claques noires pouvaient chalouper des jambes des grands frères aux astragales des benjamins.

Un passant, irrégulier dans tous les sens, était le quêteux, un quasiment professionnel selon lui-même, vêtu à la Sol, côté drôle en moins. Du bon monde au fond, un tantinet épeurant, qu’il fallait respecter in extenso car les mamans vestige collectif de superstition craignaient les jeteurs de sorts. Une bolée de soupe chaude lampée bruyamment plus quelques cennes noires lui faisaient décrocher (comme disait la chanson) un certain sourire. Il repartait, la main levée, comme en nous bénissant après avoir reçu, selon ses dires la charité pour l’amour du Bon Dieu.

Clément Brodeur

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Le boulanger Andrien Grisé de Saint-Césaire



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