CAPSULES HISTORIQUES

Le curé François Noiseux

au temps du blockhouse de Saint-Hyacinthe

Le curé de Beloeil François Noiseux, était le prêtre desservant de Saint-Hyacinthe pendant presque toute la période qui nous intéresse, soit de 1777 à 1783. En novembre 1777, Mgr. Briand lui avait demandé de bâtir une chapelle dans cette petite paroisse naissante. C’est en décembre 1777, qu’il y ouvrit les registres d’état-civil. C’est à compter de 1778, que François Noiseux alla résider à Saint-Hyacinthe une semaine à tous les mois et demi pour desservir les 75 familles de l’endroit. C’est seulement en 1780 que les habitants de Saint-Hyacinthe se réunirent pour discuter de la possibilité de construire une première chapelle en bois, La décision étant prise, elle fut érigée durant l’été et bénite par le curé Noiseux à l’automne. Selon l’historien Isidore Desnoyers : Le presbytère fut construit en 1781-1782, c’est Noiseux qui le paya de ses propres deniers. Il avait aussi payé pour le toit, l’isolation et les bancs de la chapelle. Il comptait être remboursé par la répartition des frais entre les habitants; il ne le fut jamais.

Il fut donc témoin privilégié du développement économique que les blockhaus amèneront dans la région et au petit village de Maska, par la construction de routes, l’approvisionnement des lieux, les coupes de bois, la maintenance d’une garnison et de l’arrivée des loyalistes aux deux endroits, (Saint-Hyacinthe et Saint-Césaire).

Selon l’historien Pierre Lambert, Noiseux s’intègre rapidement dans le milieu civil et militaire de la région du Richelieu et devient vite à l’aise fréquentant seigneurs et officiers. Ceci nous est illustré par une demande qu’il transmet au colonel St-Léger de Sorel en juin 1780, lui demandant d’intervenir auprès du Grand Voyer pour que la route entre Saint-Charles et Saint-Hyacinthe soit améliorée. Cette route était la seule qui permettait de rejoindre le Richelieu à Saint-Hyacinthe. St-Léger va transmettre cette demande au gouverneur Haldimand, en admettant qu’effectivement le transport du courrier est rendu difficile au point que les calèches ne peuvent pas circuler, sur une très grande distance et qu’un grand bout de chemin devait même se faire à pieds. Mais selon St-Léger, le motif du curé est le zèle pour l’Église, de même que le motif temporel qui consiste à avoir une bonne voie de communication avec le poste du commandant Fraser (blockhaus de Saint-Hyacinthe) est une autre raison urgente d’apporter des correctifs à cette route. Il ne faut pas oublier qu’à cette date, il y avait des soldats allemands du régiment Prince Frédéric de stationnés dans tous les villages le long de la vallée du Richelieu, on en comptait 181 à Saint-Charles, 202 à Saint-Antoine, 213 à Saint-Denis et 7 à Berthier pour un total de 603 soldats. Ces mercenaires vivaient chez l’habitant. Ils étaient au service de la couronne britannique qui voulait contrer l’indépendance américaine. La route de Saint-Charles leur permettait d’intervenir rapidement aux deux blockhaus de la rivière Yamaska, advenant nécessité.

Nous avons découvert une autre intervention du curé Noiseux, lorsqu’il est amené à recevoir William Fraser commandant du blockhaus, le 16 mars 1781. Fraser se présente chez le curé lorsque son fils est grandement malade et en danger de mort.

Le seize mars mill sept cens quatre vingts un nous par moi prêtre curé de la paroisse sousigné a été ondoié deux enfants malades et en danger le premier que jai nommé Guillaume agé de quinze jours fils légitime du sieur Guillaume Fraser capitaine et commandant au fort de St-Hyacinthe et Lilly Grant ses père et mère plusieurs témoins qu’on m’a demandé… et qui ont signé avec moi

William Fraser

Thomas Fraser

Salomon Tony

John Gethm More

François Noiseux ptre

À ce sujet le curé Noiseux avait demandé un avis à Mgr Briand, à savoir, s’il devait baptiser ou ondoyer les enfants des soldats protestants lorsqu’ils étaient en danger de mort ? La réponse de l’évêque confirme sa position «Vous vous êtes très bien conduit à l’égard de ces enfants protestants et j’ai même une décision formelle de la cour de Rome ou de Sorbonne qui ne permet pas qu’on baptise ces enfants».

Il interviendra une autre fois pour procurer des laissez-passer aux habitants de Saint-Hyacinthe qui veulent aller faire les sucres dans les environs du Upper Blockhouse (Saint-Césaire) sans passer par l’intermédiaire de William Fraser qui est commandant du blockhaus. Celui-ci n’apprécie pas du tout cette initiative et il s’en plaint à son supérieur Mathews, car selon lui, ceci devrait relever de ses prérogatives.

Le curé Noiseux était un homme cultivé et riche, possédant de l’argenterie, une belle bibliothèque pour l’époque et même une épinette (petit clavecin) qu’il utilisait dans son presbytère-chapelle à Beloeil. À l’hiver 1783, il vendit celui-ci au général allemand Riedesel qui habitait Sorel.

Gilles Bachand

© Société d’histoire et de généalogie des Quatre Lieux


© Archives de la SHGQL

Dessin d’un blockhouse vers 1780, semblable à celui de Saint-Hyacinthe

 

           Archives de la SHGQL

Le curé François Noiseux

 



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