CAPSULES HISTORIQUES

Une auberge en 1815 le long de la rivière Yamaska

Nous avons vu dans un article précédent : Le bois des quatre lieues qu’il existait des auberges le long de la rivière Yamaska en cette période de notre histoire. Dans le but de faire connaître davantage ce qu’était une auberge au début du XIXe siècle dans notre région, nous allons prendre connaissance aujourd’hui d’un contrat du notaire Charles Lagorce de Saint-Hyacinthe. C’est un contrat entre Joseph Raimond et Samuel Bullock fait le 18 septembre 1815 à Saint-Hyacinthe. Joseph Raimond était un riche marchand de Saint-Hyacinthe à cette époque. Il passe plusieurs contrats chez le notaire Lagorce.

Dans un premier temps ce contrat « d’associés » nous indique que Joseph Raimond demeure au village de Saint-Hyacinthe et Samuel Bullock dans la paroisse de Saint-Hyacinthe : « lesquels reconnaissent s’être associés à compter du premier octobre prochain --- jusqu’au premier de mai aussi prochain dans le profit qu’ils auront dans le commerce d’une --- maison d’auberge dans la fourche du sud de la Rivière Yamaska. Et à cet effet ledit Sieur Joseph Raimond de sa part promet et s’oblige de loger ledit Sieur Samuel Bullock dans une de ses maisons situées dans la fourche du sud de ladite Rivière Yamaska, près du Moulin Drolette. Et aussi de lui faire jouir des dépendances appartenant à la susdite maison durant le temps que durera la susdite société. » Nous voyons par ce document qu’il existait un moulin d’un dénommé Drolette (Drolet?) près de l’auberge en question, ce qui nous renseignent sur une activité économique. Est-ce que c’était un moulin à scie ou à farine? Toute bonne auberge se devait d’avoir des « dépendances » c'est-à-dire des bâtiments servant à nourrir et aussi pour faire reposer les chevaux durant l’arrêt des voyageurs.

On peut se demander ce qui motive, la mise en place d’un tel contrat en 1815? La réponse me semble assez facile. C’est certainement à cause de la circulation accrue de voyageurs sur cette route qui vient d’aussi loin que Magog et les États-Unis et qui se dirige vers Québec en passant par Saint-Hyacinthe, puis elle longe la rivière Yamaska jusqu’au fleuve Saint-Laurent et par bateau jusqu’à Québec. L’autre fait, est celui de la présence d’anglophones parmi ces voyageurs car le nommé Bullock ne parle pas le français ou très peu, car lors de la signature du contrat il est obligé d’avoir un interprète pour lui traduire ce contrat, en l’occurrence l’arpenteur John Dwyer.

Le paragraphe suivant du contrat de Lagorce est très important, car il nous renseignent sur le genre de boissons que l’on retrouvait dans une auberge, donc des habitudes et des goûts des voyageurs et des habitants de ce temps-là. Il en est de même pour le tabac. Les condiments comme le sucre, le sel et le poivre, servent à la préparation des repas.

Voyons maintenant ce qui est très important pour une auberge, soit les boissons et autres articles : « Et aussi fournir à son dit associé pour l’usage et débit de la susdite auberge --- toutes les boissons suivantes savoir Rum, Shrub, Peppermen, et Vin d’Espagne. De plus pour le détail les articles suivants savoir tabac anglais à chiquer et à fumer et tabac en poudre, sucre, sel et poivre le tout --- à prendre et livrer audit Samuel Bullock en la maison et demeure actuelle dudit Joseph Raimond au susdit Village de Saint-Hyacinthe et au prix coûtant suivant les factures dudit Joseph Raimond et de plus se charge ledit Sieur Joseph Raimond de faire toutes les démarches nécessaires pour retirer une licence--- soit en son nom ou au nom dudit Samuel Bullock ainsi qu’il jugera à propos. »

Ce Samuel Bullock est l’un des premiers habitants anglophones de Saint-Paul d’Abbostford. C’est un loyaliste. Il achète en 1813, une terre du seigneur Pierre Dominique Debartzch par l’entremise de son représentant Michel Dwyer. Cette terre était située : « Une terre sise et située en la Seigneurie de Saint-Hyacinthe, de six arpents de front ou environ, sur trente arpents de profondeur, plus ou moins, tenant par devant à la terre de feu François Bonin, en profondeur au pied de la montagne, d’un côté au nord-ouest à Samuel Naud ? et d’autre côté au sud-ouest à Jean-Baptiste Marceau avec les bâtiments dessus construits » (Notaire Lagorce no 531).

Gilles Bachand

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Une auberge vers le milieu du 19e siècle d’après le peintre Cornelius Krieghoff



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