CAPSULES HISTORIQUES

Les deux blockhaus de la Rivière Yamaska

Le Lower Blockhouse Saint-Hyacinthe (2)

En 1778, le petit village de «Maska » est l’endroit habité qui est le plus près de la frontière américaine en suivant la rivière Yamaska, en direction de la baie Missisquoi. On y retrouve 75 familles.

Voulant empêcher les « étrangers » de venir propager des idées révolutionnaires ou distribuer de la propagande comme le manifeste du Comte d’Estaing du 22 octobre 1778, le gouverneur Haldimand et l’état major anglais veulent verrouiller les frontières avec des patrouilles de soldats qui vont surveiller tous les passages possibles. Ce sont en très grande majorité des sentiers et des voies navigables utilisés par les indiens (surtout les abénaquis), depuis des centaines d’années. On veut en même temps interdire aux canadiens l’accès aux états rebelles.

Il faut loger et nourrir ces patrouilleurs. Un blockhaus à Saint-Hyacinthe sera à cet égard le relais idéal. Il servira aussi de lieu de résidence aux familles des « Loyal Rangers » qui y sont stationnées. C’étaient des loyalistes en provenance surtout de l’état de New York. Voulant rester sujets britanniques, ils faisaient l’objet de persécution. Certains qui avaient réussi à rejoindre les lignes anglaises furent armés par les britanniques et formèrent des corps militaires.

C’est à partir de ces constats, que Haldimand va autoriser la construction d’un premier blockhaus sur la rivière Yamaska dans la Seigneurie de Saint-Hyacinthe près du village. Au mois de septembre 1778, le gouverneur va faire des arrangements avec le seigneur Delorme pour l’achat du bois nécessaire à la construction du blockhaus. Delorme possédait un moulin à scie depuis 1772 au lieu-dit « de la Cascade ». Ce blockhaus était donc situé dans la seigneurie du seigneur de Saint-Hyacinthe. Dans une deuxième missive il confirme la construction de celui-ci. En effet le 1e octobre 1778, il envoie une lettre aux capitaines de milices et des compagnies contiguës :

 

« Ayant dessein d’établir un poste sur la rivière Yamaska pour la sûreté des habitants de cette frontière, j’envoie le capitaine Brehm, mon aide de camp, afin de marquer le terrain convenablement et comme il faut que cet ouvrage soit fini avant l’hiver, messieurs les capitaines des milices de Saint-Hyacinthe et des compagnies circonvoisines auront à ordonner, sans perte de temps, le nombre d’hommes dont le capitaine Brehm croira avoir besoin pour la construction de cet ouvrage. Les charpentiers et les scieurs de cet ouvrage. Les charpentiers et les scieurs seront payés en raison de deux chelins par jour et les autres serviront par corvée.»

L’endroit choisi nous est décrit dans un rapport que l’ingénieur royal William Twiss fait parvenir à Haldimand le 8 mars 1779.


« I likewise visited the new Post on the River Yamaska and found the Guard very attentive, this Post is at the highest Settlement, and very near the great road leading from St-Charles; they have an advance Guard to four men at the first Fork, which is about Six leagues above the Post…in my opinion this disposition is very proper and early in may I propose laying before Your Excellency me reason for thinking so together with a Plan of the whole Situation »

Les historiens qui ont écrit sur l’histoire de Saint-Hyacinthe (Choquette, Dion, etc.) ne font que dépeindre le blockhaus en utilisant les écrits de Desnoyers concernant celui de Saint-Césaire, tout probablement qu’ils se ressemblaient, mais nous n’avons pas découvert de véritable description de celui de Saint-Hyacinthe. Par contre, la localisation nous est confirmée sur plusieurs cartes de l’époque. Selon l’historien Desnoyers « On avait donc érigé un petit fort en bois, à environ une demi-lieu plus haut que la Cascade de St-Hyacinthe, près de la rivière et l’on y avait placé un piquet de soldats. »

Aujourd’hui le blockhaus serait situé dans le quartier Douville de Saint-Hyacinthe près du pont qui traverse la rivière Yamaska. Par contre nous savons que c’était un bâtiment plus petit que celui de Saint-Césaire, car la garnison en place y était moins nombreuse. Au tout début il y avait quatorze soldats pour ce poste.

La cohabitation avec les canadiens n’est pas toujours facile, il existe selon Twiss une méfiance qui force les autorités du blockhaus à demander au capitaine de milice de Saint-Hyacinthe de déposer les armes de la compagnie dans le blockhaus lorsqu’il y a une alarme, en les laissant libres de rester de service. Il recommande donc de laisser 14 hommes durant l’été 1779, en vue de surveiller les indiens qui voyagent sur la rivière Yamaska en direction de la Baie Missisquoi et aussi pour une autre raison, il y a selon Twiss de 50 à 70 personnes qui ne sont pas des amis du gouvernement et qui désobéissent à leur capitaine de milice.


Gilles Bachand

© Société d’histoire et de généalogie des Quatre Lieux



Miliciens canadiens en 1775


Un Loyal Rangers

Le gouverneur Frederick Haldimand


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