CAPSULES HISTORIQUES

Les deux blockhaus de la rivière Yamaska

Le bâtiment militaire (1)

Nous commençons aujourd’hui une série de trois articles concernant les blockhaus de la rivière Yamaska. Nous verrons dans un premier temps le bâtiment comme tel et dans les deux autres articles le « Lower Blockhouse »  Saint-Haycinthe puis le « Upper Blokhouse » situé à Saint-Césaire aujourd’hui. Lors de la guerre d’indépendance américaine, la progression rapide des soldats américains en 1775 vers Montréal et Québec, démontre à l’état-major britannique, la vulnérabilité des frontières, particulièrement celles du lac Champlain et du Richelieu. Le gouverneur Haldimand va donc préconiser la consolidation des voies de communication et d’approvisionnement et l’amélioration des postes frontaliers pour pouvoir détecter les ennemis.

Pour la période qui nous intéresse, (1778-1784) on peut affirmer que le seul endroit vraiment habité et structuré de la vallée de la rivière Yamaska est le petit village de « Maska » et ses environs (Saint-Hyacinthe aujourd’hui). Au-delà ce n’est qu’un territoire vierge, lieu de passage millénaire des indiens. L’arrivée des deux blockhaus va accélérer grandement le développement du petit village et le défrichement de nouvelles terres le long de la rivière par la mise en place d’une route entre les deux postes militaires.

Le mot Blockhaus (blockhouse en anglais) provient de l’allemand blockhaus qui selon les auteurs anglais signifie : « a house which blocks a pass ». Les Anglais des colonies utilisaient la technique pièce sur pièce pour la construction de blockhaus. En Amérique du Nord, le blockhaus présentait généralement l’aspect suivant : un bâtiment de deux étages dont le deuxième en encorbellement était percé d’embrasures et de meurtrières pour les pièces d’artillerie et de mâchicoulis permettant aux occupants de tirer verticalement sur les assaillants.

Il n’y avait point de blockhaus sans palissade. En effet la palissade était la protection indispensable au blockhaus. C’est à cause de celle-ci qu’il a fallu doter le blockhaus d’un second étage. Ces palissades étaient composées de pieux ou poteaux de cèdre d’une dizaine de pieds de long, toujours taillés en pointe. Dans la tranchée qui entourait le blockhaus, on installait une et parfois deux rangés de pieux.

Les murs du blockhaus étaient bâtis de grosses pièces de bois équarries et disposées horizontalement les unes sur les autres. Ces pièces étaient consolidées par des longues chevilles de bois dur ou des tenailles. Habituellement les interstices étaient comblés par divers matériaux : mortier, éclisses de bois. Parfois l’intérieur était plâtré, surtout les pièces servant de caserne. L’extérieur était parfois recouvert de planches à clin ou de bardeaux pour empêcher une détérioration rapide des murs. Les coins étaient assemblés selon la technique de l’assemblage à mi-bois ou à queue d’aronde.

Deux composantes essentielles de tout blockhaus étaient les encorbellements et les mâchicoulis. Ces éléments donnent au blockhaus sa forme si caractéristique que l’on connaît. Des trous percés dans le plancher de l’étage à encorbellement permettaient aux soldats de faire feu sur les ennemis qui avaient réussi à passer les palissades. L’étage en dessus du rez-de-chaussée permettait de tirer en toutes directions sur les assaillants. C’étaient donc des éléments importants du système de défense du blockhaus. Tous les blockhaus possédaient aussi des meurtrières. Elles étaient évasées vers l’extérieur, permettant par le fait même un plus grand angle de tir. On y retrouvait aussi des embrasures qui servaient pour l’aération et pour le tir au canon. On utilisait un petit canon qui pouvait pivoter (pierrier) pour obtenir un plus grand angle de tir. Ces embrasures étaient généralement percées à l’étage. Au rez-de-chaussée les grandes ouvertures étaient placées en hauteur et elles tenaient lieu de fenêtres. À cause de notre climat particulier, le toit était toujours incliné et recouvert généralement de bardeaux de cèdre.

Les planchers des blockhaus étaient composés de madriers de pin de 2 pouces d’épaisseur. On utilisait pour le chauffage des foyers, mais à partir de la fin du XVIIIe siècle la plupart des blockhaus avaient une ou deux cheminées de brique permettant l’utilisation du poêle. Le blockhaus devait se suffire à lui-même, on retrouvait donc dans le même bâtiment plusieurs pièces telles une poudrière, une cuisine, une salle d’armes, un entrepôt, une caserne, etc. C’était donc un bâtiment de défense pratique, versatile et facile de construction et très peu coûteux pour l’époque. Il fut popularisé ici par l’armée britannique à partir de la conquête anglaise.

Les deux blockhaus de la rivière Yamaska seront construits par des loyalistes et des miliciens canadiens de la seigneurie de Saint-Hyacinthe, sous la direction de l’ingénieur royal William Twiss.

Gilles Bachand

© Société d’histoire et de généalogie des Quatre Lieux

ANC C-10088. 1789

Un blockhaus à la fin du XVIIIe siècle et son aménagement intérieur


© Archives de la SHGQL

Le blockhaus de Lacolle construit en 1781 était sur le même modèle que celui de Saint-Césaire construit lui aussi en 1781

 



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