CAPSULES HISTORIQUES

Le brasseur John Standish avait un concurrent

le curé Édouard Crevier de Saint-Hyacinthe

Nous connaissons tous, la popularité des micro-brasseries présentement au Québec. Il faut dire, qu’avant l’arrivée des multinationales de la bière, il a toujours existé des brasseries artisanales au Québec. Comme le démontre Mme Suzanne Bédard dans son livre : Histoire de Rougemont, John Standish fut le premier brasseur des Quatre Lieux. (Rougemont, Saint-Césaire, Saint-Paul d’Abbotsford et l’Ange-Gardien). Il met en marche vers les années 1830, une brasserie avec l’aide « d’un certain militaire anglais venu se réfugier dans le territoire de Rougemont », Saint-Césaire à l’époque. Selon le recensement civil de 1831, il est déjà copropriétaire de l’industrie avec son beau frère Mathew Ashton. Ils perçoivent des recettes évaluées à 400.00£ par année.

Le territoire couvert par notre brasseur englobe les Quatre Lieux et les paroisses environnantes comme Saint-Pie, Saint-Damase, Sainte-Marie-de-Monnoir et même Saint-Hyacinthe. L’orge utilisée pour la fabrication de la bière provient en grande majorité des États-Unis. Elle venait par bateaux, en empruntant le Lac Champlain et la rivière Richelieu jusqu’à Chambly. On retrouvait aussi quelques producteurs locaux de houblon et d’orge. La culture du houblon est totalement disparue de notre région aujourd’hui. Durant toutes ces années, la brasserie fonctionna jour et nuit pour satisfaire la table des habitants des environs.

Toujours selon Mme Bédard, « Le 31 janvier 1878, un incendie se déclare dans la brasserie. James Ashton réussit à combattre l’élément destructeur avec la bière contenue dans les barils. Mais ce dernier décède quelques temps plus tard, d’une maladie contractée en tâchant d’éteindre le feu. On accomplit des réparations d’usage, mais la brasserie ne survivra que deux autres années.»

Pendant cette même période, un autre individu développe lui aussi une brasserie, mais cette fois-ci dans le village de Saint-Hyacinthe. En 1836, le curé Édouard Crevier, loue sa brasserie pour trois ans, au maître-brasseur Michel-Hyacinthe Bellerose pour 20£ par année. Ce loyer demeure modique, car ceci inclut le terrain, la maison et une partie de l’équipement nécessaire pour la fabrication de la bière. En 1843, François-Louis Schmidth loue la même brasserie du curé Crevier pour 18 mois. Mais ce qui est fort intéressant dans ce bail, c’est qu’il énumère les instruments de production fournis par le curé : un moulin pour écorcer l’orge, une grande chaudière de 19 quintaux, une grande pompe, des grosses et des petites champelures, des grils de fonte et surtout plusieurs types de récipients (tonnes, barils, cuves, barriques, etc.).Le brasseur pouvait aussi amener à la brasserie, plusieurs instruments personnels de production.

L’inventaire après décès de M.-H. Bellerose indique qu’il avait en 1843, plusieurs récipients de production additionnels, un thermomètre et enfin un alambic lui permettant de travailler comme distillateur.

Mais qui était donc Édouard-Joseph Crevier? L’abbé Édouard Crevier est né au Cap-de-la-Madeleine, le 5 novembre 1799. Il était le fils d’Antoine Crevier dit Bellerose et de Françoise Chèvrefils. Il fit ses études classiques au Collège de Nicolet de 1813 à 1821. Ordonné prêtre par Mgr Plessis en 1825, il poursuivra sa carrière au Séminaire de Saint-Hyacinthe ou il fut directeur puis procureur jusqu’en 1828. Puis il va prendre la cure de Saint-Luc (près de Saint-Jean-sur-le-Richelieu) pendant quatre années. Il reviendra à Saint-Hyacinthe comme curé de 1832 à 1852. En 1837, il va bénir les patriotes, qui partent pour Saint-Charles. Puis répondant à un besoin croissant de la population, il va faire venir les Sœurs de la Charité et fonder l’Hôtel-Dieu en 1840.

Il va passer le reste de sa vie comme curé de Marieville. Il fut le 5ième curé de Marieville. Il y laissa une œuvre colossale. Il va fonder le collège et le couvent en 1853, puis l’hospice des Sœurs Grises en 1865, devenu le Centre Rouville aujourd’hui. Il prit sa retraite en 1877 et il mourut dans « son hospice » le 22 janvier 1881.

Curé et homme d’affaires, il sut toujours trouver des solutions à des problèmes financiers. Aimé de ces concitoyens, ils lui élevèrent en 1888, une statue en bronze, œuvre du grand sculpteur Louis-Philippe Hébert. On retrouve ce monument dans le parc Crevier de Marieville.

Durant toutes ces années de 1831 à 1861, on ne retrouvait que 3 brasseries dans l’ensemble de la seigneurie de Saint-Hyacinthe, soit les deux que nous venons d’énumérer et une troisième appartenant à un nommé Antoine Langelier de la paroisse de Notre-Dame-du-Rosaire.

Mais l’histoire ne dit pas quelle brasserie fabriquait la meilleure bière!

Gilles Bachand

© Société d’histoire et de généalogie des Quatre Lieux

© Archives de la SHGQL
Edouard-Joseph Crevier, 1799-1881

© Archives de la SHGQL
Edouard-Joseph Crevier, 1799-1881

© Archives de la SHGQL
L’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe en 1840



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